Mes livres

samedi 3 décembre 2016

Hâtez-vous lentement! Hasten slowly! Festina tarde!

Hâtez-vous lentement! Je connaissais cette formule que je trouvais d’ailleurs étrange et contradictoire (avec raison puisque c’est un oxymore*), mais j’en ignorais l’origine. Tout à fait par hasard, en faisant des recherches en vue de la publication de mon recueil de nouvelles, j’ai découvert que cet adage est attribué à Boileau, dans son Art poétique, mais qu’il existait déjà dans l’Antiquité.

Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez;
Ajoutez quelquefois et souvent effacez.*

J’avais pris contact avec Se hâter lentement, Festina Tarde en italien, dans Sous le soleil de Toscane, de Frances Mayes. C’est le titre d’un chapitre dans lequel l’auteure raconte les péripéties qui ont entouré la restauration de sa maison en Toscane. Son récit soulignait les pépins et les retards qui ont jalonné la réalisation de son projet et m’avait bien fait comprendre le sens de cette maxime.
Depuis que j’ai retrouvé ces quelques lignes de Boileau, je les répète souvent car la publication de mon recueil n’avance pas aussi vite que je le souhaiterais et comporte sa part de délais et d’imprévus. Ainsi va l’écriture! Je polis et repolis mon texte, ajoute quelques mots, en efface un grand nombre... Et ainsi va la création! Elle a son lot de surprises et sa route est loin d’être une ligne droite dépourvue d’obstacles.
Cependant, c’est là le chemin que j’ai choisi et que je suis heureuse de parcourir. L’Art poétique de monsieur Boileau arrive à point aujourd’hui. J’avais appris par cœur à une certaine époque Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement /Et les mots pour le dire arrivent aisément et .Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage mais la première ligne m’avait échappée. J’ajouterai désormais Hâtez-vous lentement et sans perdre courage...
Et ce sera ma devise tant que je n’aurai pas terminé ce travail et peut-être pour plus longtemps encore.
 © Tous droits réservés
Denise Nadeau

                     
       
*Nicolas Boileau, Art poétique (Chant 1)
*Frances Mayes, Sous le soleil de Toscane, Folio, p. 155
*L’oxymore est une figure de style qui consiste à unir dans un même groupe de mots dans le sens est apparemment contradictoire. (Office québécois de la langue française)


vendredi 14 octobre 2016

Mots d'enfants

Dans notre voiture, qui a 7 ans, avec petit-fils. Il est assis en arrière.
Lui : Comment on ouvre la fenêtre ?
Moi : Tourne la manivelle.
Lui : Quelle manivelle ?

Moi :Celle qui est près de la poignée.
Lui :Ah! C’est une auto de l’ancien temps.
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Fiston a deux ans et quatre mois.
Moi :
-          Regarde, il n’y a plus de feuilles dans les arbres. C’est l’hiver. Au printemps, il va y en avoir de nouvelles.
Lui :
-          Oui, c’est papa qui va mettre les feuilles.
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Devant une magnifique tapisserie de Micheline Beauchemin, (à la télévision),
Fiston s’exclame :
-          C’est du camping.
Cette gigantesque tapisserie avait vaguement la forme d’une tente. Au même moment, on entend un concerto d’Albinoni :
-          C’est de la musique à bouche, dit-il.
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Plusieurs fois, quand il est allé à la patinoire avec son père, Fiston a vu le responsable qui arrosait. Un beau jour où il fait très doux et que la glace a fondu, il dit :
-          Oh ! Le monsieur a mis beaucoup d’eau.
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Fiston premier a mis beaucoup de pâte dentifrice sur les cheveux de Fiston second et il lui a brossé les cheveux avec sa brosse à dents.
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Fiston :
-          Bonne fête des mères maman ! Tu n’as pas assez d’oreilles pour tous les Je t’aime.
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Fiston :
-          Ça me fait de la peine quand les objets sortent de la maison. Les objets et les vêtements pleurent eux aussi.
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Fiston :
-          Ce soir, c’est du poisson. Alors moi, je suis végétarien.

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mardi 2 août 2016

Premier roman

Illustration: Hélène Beauchesne
Sur le point de déménager, entre deux boîtes, j’ai retrouvé mon premier roman (ou presque): Des fleurs dans les rochers. Balbutiements dans l’écriture fictive. Encouragée par des amis, Monique Rheault entre autres, j’avais participé à un concours organisé par la section des bibliothèques scolaires de L’ACBLF. Hélène Beauchesne avait fait les illustrations, Jean Isabelle les photos. Louise Allain avait accepté de relire le manuscrit avec moi afin que je puisse le retravailler.
Jean m’avait prêté la chambrette qu’il louait sur la rue Laviolette puisqu’il allait chez ses parents pendant les vacances de Pâques. Je m’y étais retirée pendant sept jours et dans la plus complète solitude, j’avais composé ce texte, très onirique, que je n’ai jamais eu le courage de relire. Pas d’ordinateur à cette époque. J’avais écrit le premier jet à la main, je suppose, et l’avais dactylographié par la suite sur une Remington.
J’ai gagné une mention, je ne sais trop pourquoi, car il me semble bien que je ne répondais pas du tout aux critères du concours. Qu’importe ! J’étais tellement heureuse, et d’avoir mené ce projet à bon port et de recevoir cette mention. J’ai revêtu ma robe écrue, avec ses larges manches bouffantes et je suis venue à Montréal pour assister à la remise des prix. J’en ai rapporté une pile de livres dont un exemplaire de Menaud, maître-draveur.
Je retiens de cette expérience, outre la création elle-même et la joie qu’elle m’a procurée, les nombreux encouragements et le soutien de mes amis. On en a tellement besoin, du moins, moi j’en avais besoin, encore maintenant d’ailleurs. C’est ce qui fait la différence, je crois, entre tout arrêter ou continuer.

Merci mes chers amis dont plusieurs sont encore dans ma vie, même de loin. Et si j’ai oublié quelqu’un, qu’il ou elle se nomme. Je m’empresserai de remettre son nom sur la liste.
© Tous droits réservés
     Denise Nadeau

samedi 25 juin 2016

La Seranata

Ma mère, décédée il y a de nombreuses années, avait une très belle voix. J’ai encore ici, chez moi, des partitions musicales qui lui appartenaient et de vieilles cassettes sur lesquelles elle s’était enregistrée.
Comme nous allons déménager sous peu, j’ai commencé à faire un tri dans tout ce que j’ai. J’ai regroupé sur un CD des pièces qu’elle chantait et affectionnait et qu’elle avait enregistrées sur des cassettes. Puis, j’ai jeté un coup d’œil sur ses partitions musicales, j’en ai plusieurs. Je me proposais de me débarrasser d’un certain nombre d’entre elles, surtout celles qui me sont inconnues. Par exemple, La Seranata, La sérénade des anges, un feuillet jauni et écorné qui ne me dit absolument rien, que je ne me rappelle pas avoir entendu dans mon enfance.
Hier, à tout hasard, j’ai cherché cette pièce sur Youtube. Je voulais l’écouter, juste pour voir. À ma grande surprise, j’ai trouvé plusieurs interprétations, certaines vocales, d’autres seulement musicales. Je ne comprends pas les paroles, elles sont en italien, mais la musique est magnifique. J’ai retenu celle-ci avec la voix de Carla Schroyen.

Les pertes ne sont pas toujours des pertes. Il y a des roses qui s’y cachent longtemps après, qui laissent des traces dans leurs sillons. Ma mère m’a légué son amour de la musique, et encore aujourd’hui, je reçois les gains de ce bel héritage.
© Denise Nadeau 
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