Mes livres

lundi 11 novembre 2013

Ruban rouge et coquelicots


C'était en novembre. Nous n'avions pas de coquelicots sous la main. Seulement un mince ruban rouge que l'animatrice avait apporté pour servir de point de départ à notre texte. Ce ruban, croisé, piqué au centre par un bout de fil, je l'ai encore en mémoire ainsi que tout ce qu'il évoque. La fin de la guerre, bien sûr, mais aussi et surtout le temps de la paix.
On ne peut aborder ce dernier sujet sans parler des conflits et des combats en cours, y compris les nôtres. Il y a tant de blessures, de rancoeurs, de cicatrices. Pas toujours facile de construire la paix, en moi et autour de moi. Quand la colère gronde, j'ai la langue guerrière, les mots qui piquent, la main armée d'un stylo à l'encre rancunière.
On a tendance à croire que la paix est simplement l'absence de guerre. Ce n'est pas le cas, c’est un acte actif qui exige une certaine dose d'efforts ou du moins quelques gestes de bonne volonté. Des premiers pas, des rapprochements, des dialogues, des tables de négociations. Je repense au ruban rouge croisé. Dans mon imagination, je coupe le fil qui retient les pattes du ruban et je le décroise afin d'allonger la période où le paisible prend le pas sur le belliqueux. Je l'accroche à mon crayon, pour me rappeler de me concentrer sur cette tâche dans mon petit monde, intérieur, familial, professionnel.  

Rancunes dans la gouttière
glissent jusqu’à la terre
compost du coeur


 Notes
Un armistice - ce mot vient du latin  «arma», arme et «sistere», arrêter - est une convention signée par des belligérants pour mettre fin aux hostilités.
11 novembre 1918 : cette date marque la fin des combats de la Première Guerre mondiale 1914 - 1918. L'image du coquelicot comme symbole du souvenir de ceux qui sont morts à la guerre provient d’un poème de John McCrae, médecin du Corps de santé de l’Armée canadienne ; In Flanders Fields a été traduit en français par le major Jean Pariseau et est devenu Au champ d'honneur.

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lundi 14 octobre 2013

Merci Gabrielle Roy!

       C'était quelque mois après la mort de ma mère. Un de mes collègues nous avait loué son chalet dans les Laurentides, à mon compagnon et à moi. Ceinturé à l’arrière et sur ses côtés par nombre de feuillus et de conifères, cette maison  nous offrait une vue panoramique sur le lac et me donnait l'impression de me retirer pour quelques jours de repos dans une alcôve pratiquée à même la montagne.
Il y avait un piano dans la salle commune. Le lendemain de notre arrivée, j'ai joué pendant quelques minutes, puis, dans la petite pièce où se trouvaient les disques et les livres du proprio, j’ai dansé sous le regard des cèdres, des sapins et des bouleaux qui se dressaient devant la fenêtre. 
C’est là que j'ai découvert un recueil de nouvelles de Gabrielle Roy qui m’a pris le cœur par surprise, Cet été qui chantait. Des histoires de petites bêtes - ouaouarons, vaches, corneilles –sur lesquelles j’aurais levé le nez en temps normal. Mais le deuil de ma mère se prolongeait et j'avais perdu intérêt à bien des choses. Sur le balcon, donnant sur le lac, deux chaises entouraient une petite table ronde. Assise sur l’une, les pieds sur l’autre, j’ai commencé la lecture de mon livre.
Mon collègue avait aménagé sur son terrain des îlots de fleurs variées, des coins hauts en couleurs où dominaient des géraniums jaunes et rouges. Pas très loin de l’un de ces îlots, semblant s'appuyer contre un bouleau, une chaise blanche, posée sur une terrasse de bois peint, attendait la lectrice que j'étais redevenue ou celle qui voulait simplement se recueillir à l’orée du bois. Après la baignade, je m’y suis installée pour poursuivre ma lecture ; elle était à l’ombre tout l’après-midi, l’endroit idéal pour être à l'extérieur par temps chaud.
Entre deux histoires, je levais les yeux sur les géraniums qui faisaient tache ici et là, dans les rochers, en jardinières, entre un érable et un peuplier, donnant du piquant au terrain.  Gabrielle, géraniums et compagnie m'accompagnaient au sortir de cette année passée à pleurer la perte de ma mère.
Gabrielle Roy aurait écrit ces nouvelles après la mort de sa sœur. Pourtant, dans ces récits pleins de tendresse et parfois tellement émouvants, elle célèbre la vie  sous toutes ses formes, même les plus humbles. Cette merveilleuse conteuse m’a redonné le goût d’écrire, à partir de petits riens, moi qui n’écrivais plus depuis un an. 
J’ai repris plaisir à la musique, à la danse, à l’eau, à la forêt, et aux jolies histoires. J’ai repris plaisir à la vie. Merci Gabrielle Roy pour cet été, mon été, qui a recommencé à chanter.


vendredi 13 septembre 2013

Une chaîne de créations

Visite aux Mosaïcultures du Jardin botanique de Montréal. J'ai été vivement impressionnée par les oeuvres qui y étaient présentées. L’Homme qui plantait des arbres, un hommage à Frédéric Back pour son film d'animation qui porte le même titre et qui a été lui-même inspiré par une nouvelle de Jean Giono; La Terre Mère, cette passerelle du vivant, matrice qui nous contient tous et qu'il faut s'abstenir de piller afin qu'elle puisse nous nourrir encore longtemps; Les esprits de la forêt, et plusieurs, plusieurs autres. J’ai pensé à Gilles Vigneault, à sa chanson J’ai planté un chêne.
À mon tour, j'ai voulu m'inscrire dans ce grand choeur créatif en y ajoutant les quelques lignes qui se trouvent au bas de ce texte. Lorsque je prends place dans la chaîne de créations dont nous sommes des maillons, - car j'en suis persuadée, nous sommes tous créateurs – mes mots germent et s’enracinent dans la terre, mon texte est organique et permet à l'oeuvre qui me ressemble de se déployer.

Je cherche une image pour illustrer la patience que demande cette quête ou plutôt cette écoute, cette présence à la terre. Je n'ai trouvé qu'un arbre, ses racines qui s'enfouissent au coeur de l'humain.



La Terre Mère    Mosaïcultures de Montréal

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lundi 12 août 2013

L'amélanchier


 
Photo: Annick Allée


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mercredi 24 juillet 2013

Examen de confiance

J'écris beaucoup sur la confiance sous toutes ses formes et ses appellations.  Si j'écris tant sur la confiance, c'est pour la cultiver, la créer parfois, et surtout, pour ne pas m’acoquiner au désespoir, quel que soit son visage. J'aimerais pouvoir dire que je marche au bras de la vie avec un abandon sans failles, ce serait faux. Le doute tourne souvent autour de moi et céder à ses avances reste une tentation constante.

Je me tiens près de la confiance pour gagner son amitié.


vendredi 12 juillet 2013

Un vitrail et des mots

Un vitrail de Suzanne Demers.
Titre du vitrail: Survivant des grands vents.




Survivant des grands vents



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mardi 11 juin 2013

Pivoine et parole


Jour de pluie, jour de deuil
même en ces temps de pertes...











jeudi 30 mai 2013

Croire en soi

Une de mes connaissances a mis un de ses tableaux sur les médias sociaux. Quelqu'un a écrit sous ce tableau : « Ne doute jamais de ton talent! » Son commentaire résonne encore dans mes oreilles, comme un écho. Ne doute jamais…

Croire en soi! Facile à dire, pas toujours facile à faire. Quand je n'ai pas le regard des autres pour me «confirmer», j'ai peine à croire que mes propos puissent intéresser qui que ce soit. C'est le peu de valeur que j'accorde à ma parole personnelle et ultimement à moi-même qui fait en sorte que je garde ma voix à l'intérieur de moi-même plutôt que de lui permettre de jaillir dans le monde. Et ce regard étriqué nourrit le doute et les peurs (être jugée, ridiculisée, voire rejetée), les crée dans certains cas.

Mes propos ne sont peut-être pas à la mode du jour ou ils n’ont rien de spectaculaire; mais pourquoi seraient-ils moins pertinents que ceux d'un collègue, moins doux aux oreilles de certains que le son de la voix d'une célébrité? Et comment savoir s’ils peuvent toucher, rejoindre quelqu'un, si je ne lance pas ma voix dans la mêlée?

La voix qui se fait entendre se doit d'être ferme, bien sûr. La mienne est parfois hésitante, chevrotante, j’en conviens. Il me faut la raffermir. Allons, c’est le temps de m’entraîner, de m’atteler à mes gammes et à mes vocalises.

Afin de donner une place à ma parole, de permettre à ce que je porte en moi de se frayer un chemin dans ce monde qui est le mien, à mes crayons! Et toi, mon amie, à tes pinceaux!



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mardi 19 mars 2013

C'est en écrivant...

Bien que je ne sois pas spécialiste et que je n’aie pas toutes les connaissances requises sur le sujet, j'ai beaucoup de plaisir à composer des haïkus, ces courts poèmes d'origine japonaise. Une amie m'a demandé comment je m'y prenais. Sa demande m'a permis d'élaborer quelques lignes au sujet de mon processus créateur.

D’abord, le premier jet. Je note ce que je vois, entends, observe, et ce que je ressens. Je m’amuse, je joue avec les mots. C’est l’étape la plus importante car c’est dans ces matériaux que je puise l'essence de ce que je veux dire ou même de ce qui essaie de se dire à travers moi, la pierre précieuse qui va me permettre de poursuivre le travail de création.

Ces matériaux sont en mouvement et des idées ou des images susceptibles de modifier le premier texte peuvent surgir à tout moment. Je le reprends et je joue encore avec les images, les ajuste, les précise.

La réécriture. Il me faut élaguer, enlever les répétitions, choisir parmi les matériaux ceux que je souhaite conserver, qui ont le plus de valeur à mes yeux. Je suis parfois très bavarde et ce n'est pas toujours heureux. Il m'est arrivé de ne garder que trois ou quatre lignes sur les vingt ou trente que j’avais pondues et de jeter le reste.

Évidemment, cette méthode ne vaut que pour moi-même. Je suppose que chacun a la sienne ou du moins doit trouver celle qui lui convient. Une chose est sûre, c’est en écrivant que l’on apprend à écrire.


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lundi 18 février 2013

Les hormones de l'amour

À ses filles qui lui exprimaient leur reconnaissance le jour de son anniversaire, une amie a répondu : « C'est grâce à vous que j'ai pu fleurir. » De son côté, elle s'apprêtait à leur offrir en cadeau une série de photos où on pouvait la voir avec chacune d'elles, individuellement.

À coup sûr, les hormones de l'amour, endorphines, ocytocines et peut-être d'autres que je ne connais pas, étaient présentes dans l'expression de leur attachement mutuel. Je me demande d'ailleurs si ces gestes tout simples ne permettent pas d'en stimuler la production. Je n'ai pas la compétence pour répondre à cette question et je laisse la science s'en occuper.

En revanche, je suis sensible à l'usage du verbe « fleurir » et aux images qu'il m'offre comme un magnifique bouquet : du printemps, du renouveau, de la beauté. Encore maintenant, je suis touchée et inspirée par cette histoire. J'envoie à mes enfants, des sourires, des mots d'amour, peut-être quelques photos et surtout beaucoup de gratitude car c'est grâce à eux, moi aussi, que je fleuris.


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mercredi 9 janvier 2013

Un peu d'imagination

Peut-être à cause d'expériences passées, par tempérament ou pour toute autre raison qu'il serait vain de chercher et d'énumérer, j'ai tendance à imaginer le pire. Pour m'en protéger sans doute. Mais qui peut croire que ces pensées, loin d'être magiques d'ailleurs, puissent empêcher quoi que ce soit, par exemple la vie de se dérouler selon son bon gré?

Notre planète n'est pas un jardin de roses et des choses désagréables, pour ne pas dire davantage, se produisent.  Pouquoi mettre le focus sur ce seul versant de la vie? Ce faisant, j'entretiens en moi un climat d'anxiété, peu propice à ma santé, et je sabote ma créativité. Tout comme j'essaie de faire attention à ce que je mange, il serait sage d'être attentive à ce que j'imagine et de soigner mes pensées.

Au lieu de contempler mes craintes, d'anticiper les difficultés, imaginer les retombées positives d'une entreprise ou d'une situation. Au lieu d'imaginer le pire, envisager le meilleur, s'y attendre même.

Il y a un cadeau dans cette histoire : j'ai beaucoup d'imagination. Il s'agit simplement de ne pas me raconter des histoires de peur et de me mettre à y croire.

9 janvier 2013

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