Mes livres

lundi 14 octobre 2013

Merci Gabrielle Roy!

       C'était quelque mois après la mort de ma mère. Un de mes collègues nous avait loué son chalet dans les Laurentides, à mon compagnon et à moi. Ceinturé à l’arrière et sur ses côtés par nombre de feuillus et de conifères, cette maison  nous offrait une vue panoramique sur le lac et me donnait l'impression de me retirer pour quelques jours de repos dans une alcôve pratiquée à même la montagne.
Il y avait un piano dans la salle commune. Le lendemain de notre arrivée, j'ai joué pendant quelques minutes, puis, dans la petite pièce où se trouvaient les disques et les livres du proprio, j’ai dansé sous le regard des cèdres, des sapins et des bouleaux qui se dressaient devant la fenêtre. 
C’est là que j'ai découvert un recueil de nouvelles de Gabrielle Roy qui m’a pris le cœur par surprise, Cet été qui chantait. Des histoires de petites bêtes - ouaouarons, vaches, corneilles –sur lesquelles j’aurais levé le nez en temps normal. Mais le deuil de ma mère se prolongeait et j'avais perdu intérêt à bien des choses. Sur le balcon, donnant sur le lac, deux chaises entouraient une petite table ronde. Assise sur l’une, les pieds sur l’autre, j’ai commencé la lecture de mon livre.
Mon collègue avait aménagé sur son terrain des îlots de fleurs variées, des coins hauts en couleurs où dominaient des géraniums jaunes et rouges. Pas très loin de l’un de ces îlots, semblant s'appuyer contre un bouleau, une chaise blanche, posée sur une terrasse de bois peint, attendait la lectrice que j'étais redevenue ou celle qui voulait simplement se recueillir à l’orée du bois. Après la baignade, je m’y suis installée pour poursuivre ma lecture ; elle était à l’ombre tout l’après-midi, l’endroit idéal pour être à l'extérieur par temps chaud.
Entre deux histoires, je levais les yeux sur les géraniums qui faisaient tache ici et là, dans les rochers, en jardinières, entre un érable et un peuplier, donnant du piquant au terrain.  Gabrielle, géraniums et compagnie m'accompagnaient au sortir de cette année passée à pleurer la perte de ma mère.
Gabrielle Roy aurait écrit ces nouvelles après la mort de sa sœur. Pourtant, dans ces récits pleins de tendresse et parfois tellement émouvants, elle célèbre la vie  sous toutes ses formes, même les plus humbles. Cette merveilleuse conteuse m’a redonné le goût d’écrire, à partir de petits riens, moi qui n’écrivais plus depuis un an. 
J’ai repris plaisir à la musique, à la danse, à l’eau, à la forêt, et aux jolies histoires. J’ai repris plaisir à la vie. Merci Gabrielle Roy pour cet été, mon été, qui a recommencé à chanter.